Penser notre région en termes transfrontaliers

Dans le haut du canton de Neuchâtel, les frontaliers sont un sujet de discussion récurrent chez les Suisses (au café du commerce) comme plus généralement en politique. Pour certains, « ils nous prennent notre travail », pour d’autres « ils sont indispensables à l’économie de notre région ».

Personnellement, je penche plutôt pour la deuxième explication. L’économie de notre région ne pourrait fonctionner sans le travail des Français. Ils sont environ 7'000 à venir tous les jours renforcer les rangs des travailleurs suisses. Et sans eux, nos industries pourraient mettre la clé sous le paillasson. Mais la question reste complexe car, ayant moins de frais de l’autre côté de la frontière, les frontaliers sont parfois prêts à accepter un salaire inférieur aux revendications (légitimes) d’un suisse. Le problème du dumping salarial n’est de loin pas résolu, malgré les accords sur la libre circulation avec l’Union Européenne.

Mais il y a également un aspect qu’on oublie trop souvent. En France, la zone frontalière s’étendant sur plusieurs dizaines de kilomètres est devenue en quelques années un désert industriel. Aucune entreprise ne s’y implante plus simplement parce qu’elle n’y trouvera pas la main d’œuvre qualifiée. Les personnes les plus qualifiée choisissant généralement de venir travailler en Suisse car les salaires y sont supérieurs.

Ceci nous conduit à un autre problème récurrent. Les frontaliers paient-ils suffisamment d’impôts en Suisse ? Il faut commencer par préciser que les accords fiscaux sont signés par Berne et Paris et que ni les communes, ni les cantons ne peuvent les changer. Les Français qui travaillent ici ont généralement suivi une formation en France, on assiste donc en quelques sortes à ce que nous appelons communément une fuite des cerveaux ! Il est donc normal que les frontaliers paient des impôts en France, pour y soutenir la formation, la santé, etc. Mais il est également normal qu’ils paient des impôts en Suisse parce qu’ils profitent également d’infrastructures que les communes et le canton a mis en place (les routes principalement, mais aussi la promotion économique). Les impôts doivent donc être répartis équitablement entre la France et la Suisse, c’est une évidence.

Pour terminer, on ne peut être Vert sans se poser la question du problème des transports. Les frontaliers génèrent un trafic gigantesque. Regardez la ville du Locle qui voit passer tous les jours des milliers de véhicules. Des solutions existent actuellement, comme la ligne de train entre Besançon et la Chaux-de-Fonds. Mais elles sont largement insuffisantes. Il faudrait que la France, aidée de la Suisse (car nous y gagnerions), rénove et électrifie la ligne de chemin de fer actuelle, il faudra rouvrir la gare du Crêt-du-Locle (c’est en discussion), mettre en place des parkings d’échange en France (et en Suisse) comme les Verts l’ont proposé.

Ces quelques mots pour dire que la cohabitation à l’échelle régionale est indispensable et qu’il est temps d’intégrer plus systématiquement la région frontalière dans nos discussions.

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