Une élection (presque) historique... et maintenant?

Beaucoup vont trouver que c'est de la naïveté béate, mais je peine à voir dans le résultat de l'élection autre chose qu'un vote historique, comme la plupart des médias, ici comme ailleurs. Depuis huit ans que dure le règne du pire de l'administration Bush fils, les Etats-Unis ont changé - en bien comme en mal - et Barack Obama a su reconnaître et exploiter avant et mieux que tout le monde cette aspiration au changement. En tant que Président, il devra utiliser au mieux son pouvoir pour concrétiser cette volonté de changements dans une réforme à large échelle des institutions et des habitudes américaines.

Les guerres

Les Etats-Unis sont empêtrés dans deux guerres (au moins) issues de la lutte contre le terrorisme initiée (ou plutôt hyperactivement développée) après le 11 septembre 2001. L'Irak et l'Afghanistan ne seront pas des sujets simples et le souhait d'Obama de sortir de ces guerres ne doit pas se réaliser sans une concertation avec tous les acteurs au niveau international. Un retrait unilatéral des troupes n'est simplement pas envisageable, il est donc impératif de retourner à l'ONU (j'ai envie de dire humblement, tellement l'administration précédente a critiqué cette organisation) pour chercher et mettre en oeuvre une solution. Et cette dernière ne passera pas sans un dialogue accru avec les pays du Golfe, l'Iran comprise et une redéfinition de la manière dont les Etats-Unis appréhende le monde musulman.

A chaud, je verrais bien une personnalité comme l'ancien Président français Valery Giscard d'Estaing - qui a été très actif au niveau de la construction européenne - prendre la tête d'une grande déléguation internationale mandatée pour plancher activement, avec les autorités irakiennes, sur la manière de sortir de la crise et remettre le pays sur pied. Loin de moi l'idée d'une ingérence diplomatique totale, je verrais plutôt un groupe d'accompagnement à la transition.

Les Etats-Unis ne peuvent se sortir seul de la crise, la communauté internationale dans son ensemble doit l'aider dans cette tâche titanesque.

L'économie

Je ne vois rien qui me plaise dans la manière dont le nouveau Président veut sortir de la crise financière actuelle. Tous les présidents précédents, depuis Reagan, ont amplifié les dérégulations qui ont conduit à la débâcle. Ce n'est pas en soutenant à coup de centaines de milliards l'économie, en réduisant les impôts ou en favorisant les crédits, sans changements structurels profonds, qu'Obama réussira à changer les choses.

Il faut réguler fortement les marchés, leur imposer des règles de solidarité et de transparence qui permettront peut-être de mettre fin à un néolibéralisme qui sacage depuis 20 ans notre Etat social et globalise la misère et la désolation à l'échelle mondiale.

De la même manière, le FMI, la Banque Mondiale et l'OMC doivent devenir des instruments au service des peuples plutôt que des institutions à la solde des grandes multinationales.

Le social

Les Etats-Unis sont le pire exemple en matière sociale et pourtant, le monde entier semble vouloir leur emboîter le pas - la Suisse en tout cas. Barack Obama l'a dit, un Etat social ne fonctionne pas sans un système de santé qui offre la sécurité nécessaire à une vie décente. (Re)créer un système de santé efficace et solidaire aux Etats-Unis, c'est un premier pas.

Mais les problèmes ne s'arrêtent pas là. Le système éducatif américain est basé sur la compétition et l'égalité des chances n'existe simplement pas. Les meilleures écoles sont les plus chers et sont basées dans les quartiers les plus chics du pays. Ailleurs, la formation est dispensée avec les moyens du bord, faute d'aides étatiques suffisantes. Le pays compte parmi les meilleures universités en matière d'enseignement, mais leur coût est prohibitif et les étudiants, lorsqu'ils parviennent à y entrer, s'endettent durablement pour réussir. Et il va s'en dire que les meilleures écoles préparent aux meilleurs universités et que finalement, c'est sur les moyens financiers que se base la compétition, y compris lorsqu'il s'agit de décrocher les quelques bourses qui sont dispensées.

Etre pauvre aux Etats-Unis c'est aujourd'hui être contraint de le rester. Le rêve américain tel que le décrive les médias après l'élection d'Obama n'existe pas pour une bonne partie de la population du pays. Tout est à revoir et la tâche risque bien d'être titanesque.

L'environnement

Pas besoin de faire un long topo en la matière, les Etats-Unis sont simplement le pays le plus inconséquent en matière environnementale. Climatiquement, c'est le pollueur numéro un sur terre et les défis pour combler son retard en la matière sont innombrables.

L'économie américaine (mondiale je devrais dire) est basée sur une donnée fondamentale : une énergie gratuite, ou presque, et provenant de ressources non renouvelables. En matière de transports, le pays est tellement vaste et la densité de population globalement tellement faible qu'il n'y a finalement que quelques villes de la côte est qui pourrait imaginer développer des véritables alternatives à l'européenne (transports en commun entre autres). Le pays doit revoir en profondeur sa manière d'aménager le territoire et mettre fin au rêve des suburbs dont on entend tant parler suite à la crise des subprimes.

Je n’entrevois pas de solution, mais le nouveau gouvernement devra plancher longuement sur la question des zones urbaines et extra-urbaines. Parce que l'enjeu est à la fois social et environnemental, ce devrait être un des sujets phare.

C'est identique pour la question des énergies renouvelables pour l'approvisionnement électrique. Le pays a les moyens à la fois humains, techniques et industriels mais aussi un territoire immense pour généraliser par exemple la pose d'éoliennes. Malheureusement, Barack Obama a fait campagne autour du Clean Coal (production d'électricité à partir de charbon dont les émissions de carbone sont ensuite injectées dans le sol, si j'ai bien compris le concept) et c'est bien dommage.

La question de la production énergétique locale doit être étudiée et les solutions mises en place hors de l'influence (immense) des lobbys.

Tout est lié

C'est fou comme tout est lié. La question de l'urbanisme des villes est liée à des questions sociales et énergétiques et indissociable d'une approche économique. De la même manière, la question de la guerre est indissociable de la question énergétique et économique. Etc. C'est ça le développement durable !

Finalement...

Quand je lis relis ceci, je me dis qu'il n'y a pas que les Etats-Unis qui ont besoin de changements...

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