Mes meilleurs voeux pour 2009

bq. "Les grandes questions de la gouvernance sont éternelles. Faire vivre ensemble, dans la paix intérieure et extérieure et la prospérité durable, des millions de femmes et d’hommes partageant un même territoire. Assurer l’équilibre entre les sociétés humaines et leur environnement. Gérer sur le long terme les ressources naturelles, rares et fragiles. Garantir l’autonomie, la liberté de pensée et d’action des personnes tout en préservant la justice sociale, la cohésion et l’intérêt commun. Offrir à chacun, pris individuellement, et à la communauté toute entière les plus grandes opportunités d’épanouissement. Permettre le développement des sciences et des techniques sans se laisser emporter par le vertige de leur puissance. Assurer à tous les conditions d’une vie digne. Reconnaître la diversité et la richesse des cultures et des traditions tout en les faisant participer à l’unité et à la cohésion de la société dans son ensemble. S’adapter aux évolutions du monde, tout en gardant son identité." Pierre Calame La démocratie en miettes. Pour une révolution de la gouvernance. Editions Descartes et Cie.

Permettez-moi pour commencer – et en retard – chères lectrices et chers lecteurs, de vous envoyez mes meilleurs vœux pour la nouvelle année. Cet extrait d’un livre de Pierre Calame m’a frappé alors que je rédigeais la partie gouvernance pour le futur programme cantonal des Verts neuchâtelois. Pour moi, il résume à merveille les défis auxquels nous avons été, nous sommes et seront toujours confrontés dans la politique telle que je la conçois.

Cette nouvelle année commence donc autant par une énergie nouvelle liée à un objectif aussi ambitieux, mais aussi par un constat autrement plus négatif. En rédigeant les quelques pages du programme sur le sujet, je me suis rendu compte à quel point nos institutions politiques, ici comme ailleurs, traversent une crise sans précédent. Depuis 30 ans, avec l’émergence de la toute puissance de l’économie de marché, la sphère d’influence de l’Etat s’est peu à peu érodée. A l’Etat fort de la deuxième moitié du XXème siècle s’est substitué un Etat purement gestionnaire. Un Etat à qui la population continue de demander de résoudre tous les problèmes, mais en qui elle n’a plus confiance et à qui elle ne veut plus donner les moyens de son action. Cet antagonisme est peut-être le mieux reflété par deux groupes récemment créés sur Facebook. Le premier critiquait l’Etat pour son apparente inaction à déneiger les routes de notre canton alors que le second – dans lequel on trouve peu ou prou les mêmes personnes que dans le premier – demandait une baisse des impôts.

La mondialisation – autant dans ses aspects positifs que négatifs – a profondément redéfini et restreint les marges de manœuvre des institutions politiques. La mobilité des capitaux et des personnes – accompagnée d’une réduction et d’une volatilité plus grande des moyens à disposition des collectivités – a conduit à une dérive très présente dans notre canton. Toutes les entités, à toutes les échelles, sont en compétition alors qu’elles devraient se serrer les coudes pour relever les défis majeurs qui nous attendent durant le XXIème siècle. Le Haut s’oppose au Bas, les communes au canton et ce dernier à la Confédération alors qu’elle même se bat pour maintenir ses prérogatives face à une Union Européenne qui légitimement demande des ajustements.

A ce climat délétère s’ajoute une perte de pouvoir grandissante pour nos institutions et par là-même pour l’ensemble de la population. La crise des Etats est finalement une crise des démocraties. La participation des citoyens aux débats et aux décisions politiques est en baisse partout. L’Etat lui-même dénigre son propre fonctionnement en diminuant la portée de son action et en retreignant ainsi notre capacité à décider démocratiquement de notre futur. Depuis quatre ans que je suis conseiller général, nous avons définitivement privatisé nos services industriels– que ce soit à travers la création de VITEOS SA ou le regroupement d’ENSA au sein du groupe E – et donc notre capacité à gérer notre approvisionnement énergétique. Nous avons privatisé notre système de santé et donc notre capacité à influer sur son avenir. Si le regroupement des diverses entreprises de transport du canton peut au premier abord sembler bénéfique, c’est au niveau local que nous perdons petit à petit les possibilités d’une gestion de notre avenir en la matière. Toutes ces décisions conduisent finalement à la fermeture de nos sociétés et à la perte du pouvoir démocratique au profit d’entités plus grandes et plus éloignées sur lesquelles nous n’avons plus qu’un vague pouvoir – et le plus souvent en tant que client.

La crise que traverse l’économie mondiale devrait pourtant faire réfléchir. La toute puissance de l’économie et son opacité ont conduit aux problèmes actuels. Et alors même que tout le monde se tourne vers l’Etat pour sauver les meubles, celui-ci n’a plus véritablement les moyens de se substituer à l’économie de marché pour tenter d’inverser la vapeur. Cette crise devrait porter en elle la possibilité d’une refondation de l’Etat sur des nouvelles bases, mais les vieux réflexes de craintes face à sa puissance et sa possible ingérence restent très présent. Tout le monde fait donc finalement comme si de rien n’était.

Ce sont des constats pour lesquels je n’ai pas de solutions toutes faites mais qui devraient conduire notre action politique ces prochaines années. Concilier un Etat fort avec une liberté tout aussi forte de ses citoyens, redonner du poids à notre démocratie en redonnant à chacun la possibilité de s’exprimer et de décider véritablement de l’avenir de sa communauté. Et finalement éviter un réflexe millénaire de fermeture sur nous-mêmes face aux défis qui nous attendent.

Ce ne sont pas des vœux à l’optimisme débordant, mais au moins portent-ils en eux la possibilité d’un avenir plus radieux que celui qui nous attend.

Merci encore à vous tous, lectrices et lecteurs, qui me font continuer à tenir ce blog et me donne les forces de continuer mon action politique.

« Flexibiliser plutôt que de baisser l'imposition, et autres recettes contre la crise Un plan de relance écologique et social »