Un giratoire géant
Les projets routiers sont de retour à la Chaux-de-Fonds. Après le refus de la zone de rencontre (expliqué ici), la droite et l’ACS remettent la compresse avec des projets toujours aussi délirants et déconnectés de la réalité (lire l’impartial du 4 mars 2006). Dorénavant, il faudra aller jusqu’à la grande fontaine depuis le grand pont pour revenir au grand pont, logique ! Voilà un projet qui risque de ne pas nous aider à diminuer les concentrations de particules fines dans l’atmosphère chaux-de-fonniers (les normes fédérales ont déjà été dépassées deux fois depuis le début de l’année, malgré notre « climat favorable »).
Et les piétons devront-ils faire de même ? Non, il faudra les mettre sous la route ! Quand on sait que la plupart des déplacements se font encore à pied à la Chaux-de-Fonds, c’est les voitures qu’il faut mettre sous la route, ou carrément les laisser au garage. Idéalement donc, on met les piétons sous la route pour éviter aux automobilistes de glander aux feux et leur permettre d’augmenter notre bien être en passant tranquillement au dessus, en diminuant la pollution sonore (qui a lieu principalement au feux, c’est bien connu) et la pollution de l’air (idem).
Et les transports publics ? On est sympa, on leur laisse une piste ! Et pour monter au bois du petit château et continuer jusqu’à l’hôpital, on les fait passer par la place du gaz ? Les initiants ne s’arrêtent pas en si bon chemin : proposer un tapis roulant pour relier la gare aux hypothétiques navettes, voilà qui est original ! Simple question : on les met aussi sous la route les tapis roulants ? Parce qu’en hiver…
Et les cyclistes ? On les met sur les trottoirs ! Ca c’est sans doute la proposition la plus imbécile que j’aie jamais entendu dans ma (courte) vie. Plutôt que de donner une partie de la route aux cyclistes (proposition la plus logique), on leur donne un bout de trottoir. Séparer le grain de l’ivraie en quelque sorte : les empêcheurs de tourner en rond que sont les piétons et les cyclistes n’ont qu’à bien se tenir et partager leur maigre espace pour permettre aux automobilistes de circuler tranquillement sur le POD.
Après avoir réussit à nous sucrer notre zone de rencontre, les initiants reviennent avec un projet original : faire du POD le plus grand giratoire du monde (c’est l’occasion d’inscrire la ville au Guinness) et permettre aux automobilistes de traverser la ville sans être gênés par les piétons et les cyclistes, qui sont, sans le vouloir, les vrais pollueurs !
Des propositions ? Des centaines oui, il faudrait commencer par limiter le trafic interne, qui représente 70% des déplacements motorisés. Pour y arriver, il faudra clairement limiter le nombre de places de parcs et les rendre payantes, encourager l’utilisation des pieds, des mollets ou des transports en commun en améliorant la sécurité des piétons et des cyclistes et l’offre des TRN. Ce n’est pas en fluidifiant le trafic sur le POD qu’on va rendre les commerces du centre ville plus attractifs. Cette fluidité risque plutôt de faire fuir les clients vers la périphérie aux énormes parkings gratuits. Et enfin reconsidérer l’idée de construire une vraie zone piétonne qui redonnera une dynamique à notre centre ville, dynamique qui lui manque tant.
Pour finir, j’aimerais tout de même ajouter que les initiants du projet ont au moins un mérite, et pas des moindres : celui de relancer une discussion sur le trafic en ville. Il serait temps de remettre sur pied la fameuse commission sur le trafic et la mobilité.

