Aménagement du territoire (I)
La mode est aux universités d’été et les Verts romands n’y échappent pas. Ce weekend, nous nous sommes donc retrouvés dans le canton de Neuchâtel pour discuter d’aménagement du territoire.
Les débats ont été passionnants. La thématique choisie est complexe, et souvent bien plus qu’on ne le pense. Le directeur de l’office fédéral du développement territorial est d’abord venu poser le problème. Quand on parle de développement durable du territoire, personne n’est d’accord sur la définition du mot durable, même si le développement reste malheureusement centré sur l’économie. La définition de l’office reste que le territoire doit « servir » le développement économique. La loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT) est actuellement en révision, et les divergences sont grandes sur ce à quoi elle devrait servir.
On le voit à la Chaux-de-Fonds où la droite reproche systématiquement aux Verts de tergiverser sur la mise à disposition de terrain à bâtir, souvent pour des villas individuelles à la périphérie. Les chiffres sont pourtant éloquents. En 30 ans, la ville a perdu environ 8'000 habitants, mais la surface urbanisée à augmenté d’un tiers durant cette même période.
Et les problèmes liés à l’extension de l’urbanisation sont multiples. D’abord, cette dispersion de l’habitat augmente la mobilité, malheureusement souvent individuelle. Et ceci souvent simplement parce que le réseau de transport en commun ne peut pas suivre ce développement, par manque de volonté, mais surtout par manque de moyens. D’autre part, cet accroissement augmente la quantité d’infrastructures que la ville doit gérer : routes, adduction d’eau, de gaz, etc. Dans les rapports que nous soumet le Conseil communal, nous n’avons souvent que les coûts liés à la création des nouveaux quartiers, jamais ceux liés à l’entretien de ces infrastructures. C’est donc un problème écologique lié à la perte de sol, souvent au détriment de l’agriculture (j’y reviendrai), mais aussi financier, l’étalement coute très cher à la ville et ces coûts sont supportés par l’ensemble de la collectivité au profit des quelques personnes qui habitent ces zones d’habitations éloignées du centre.
Le deuxième intervenant, professeur à l’université de Lausanne, a parlé du problème de l’agriculture. Actuellement les terres agricoles, sont coincées entre deux forces qui les mangent petit à petit : la forêt et surtout, l’urbanisation. Un mètre carré de terrain est bétonné chaque seconde en Suisse, rien que ça ! Jusque dans les années 80, rien ou presque n’était fait pour contrer ceci. Ensuite la LAT a introduit la notion de « Zone agricole », mais cette loi n’a jamais vraiment été appliquée par les cantons et les communes. Selon le directeur de l’ARE, seules 5 à 10 personnes connaissent bien cette loi en Suisse… Actuellement, on assiste à un démantèlement progressif de la LAT. Les agriculteurs, lâchés financièrement par la confédération, doivent se tourner vers d’autres activités comme l’agritourisme pour survivre et la zone agricole devient petit à petit zone constructible et les garde-fous qui la protégeait contre le bétonnage sont tous levé au gré des révisions de la LAT.
Le troisième intervenant, Pierre Calame, est lui venu nous amenez un éclairage plus philosophique de la question. Pour lui, nous vivons de plus en plus dans une acratie, définie par Aristote comme un système politique où nous savons ce qu’il faut faire mais où, pour diverses raisons, nous ne faisons rien. Le problème de l’aménagement n’est pas simplement réductible à la gestion du territoire, parce que ce territoire n’est pas seulement une série de parcelles sur une carte. Pierre Calame définit le territoire comme l’endroit où ont lieu les relations et les échanges (au sens large). Il parle de problèmes de gouvernance. D’abord parce que quand on parle d’aménagement du territoire, la commune n’est sans doute pas le meilleur endroit pour appréhender tous les problèmes liés à l’aménagement. Le territoire d’une commune est souvent trop petit et le fait de laisser chaque commune aménager son territoire à sa guise mène souvent au mitage (morcellement) du territoire. Il faut donc adapter nos structure et notre manière de gouverner pour mieux appréhender le problème de la gestion du territoire, quel surface pour qui et pour quoi !
La suite du programme était faite d’ateliers divers sur le sujet. J’ai suivi la majorité de mes ateliers sur des thèmes liés à l’urbanisme et au marketing de projets urbanistiques. J’y reviendrai dans un autre billet.

