Les Verts en voie de disparition ?
D’après un article paru sur largeur.com, les Verts seraient victime du réchauffement climatique (!). Simplement parce que tout le monde parle maintenant d’écologie et que les Verts auraient perdu leur fond de commerce.
Le journaliste taxe les Verts d’un côté de centriste mou « plus proche du PDC que du PS » et d’un autre côté d’« anarchiste libertaire à gauche de la gauche ». C’est pourtant l’histoire des Verts qui donne ce mélange. Dans le canton de Neuchâtel, les Verts se sont d’abord constitué en réponse à la proposition de faire passer l’autoroute au centre de Neuchâtel. Le Mouvement pour L’environnement (MPE) est né dans les années 70 et était d’abord formé de radicaux et de libéraux qui ne voulaient pas de cette autoroute (qui la voulait sans doute ailleurs). Ensuite sont venus se greffer « ceux du haut », effectivement plutôt anarchiste et libertaire. Lors de la création des Verts neuchâtelois au début des années 80, un vif débat a eu lieu au sein des fondateurs : faut-il s’appeler parti écologiste et libertaire ? Pour réunir toutes les forces du canton, il a fallu plutôt opter pour écologie et liberté (le nom est resté, en sous-titre). A partir de cette époque pourtant, le parti s’est fortement ancré à gauche, comme le montre l’alliance persistante entre les Verts, le POP et Solidarités (groupe popeco(vert)sol du Grand conseil et du Conseil général de la ville de Neuchâtel). Etre à gauche n’est pas forcément une règle chez les Verts, même si les statuts des Verts suisses sont formels, point d’écologie sans une certaine fibre sociale. Peut-être aussi que la composition hétéroclite du parti fait sa force, la diversité étant un de ses piliers !
Le journaliste continue en jouant sur le paradoxe des Verts qui ne veulent pas du nucléaire mais qui se battent pour contrer le réchauffement climatique. Historiquement, une fois de plus, alors que le débat sur l’écologie comme on l’entend aujourd’hui n’était pas à l’ordre du jour, les Verts suisses se sont fédérés autour d’un projet : « sortir du nucléaire ». A l’époque, on ne parlait pas de réchauffement climatique, et l’histoire a donné raison aux Verts avec Tchernobyl. Le peuple suisse a entériné en 1990 le projet des Verts en imposant un moratoire de 10 ans sur la construction de nouvelles centrales nucléaires. En 2003 pourtant, comme le souligne le journaliste, les Suisses n’ont pas voulu réaffirmer ce choix. Mais il faut dire que le Parlement avait finement joué en imposant deux objets au même moment : l’initiative « sortir du nucléaire » et le « moratoire plus ». Les gens ont sans doute fait l’amalgame entre les deux et ont rejeté les objets en bloc.
Y a-t’il une contradiction entre vouloir sortir du nucléaire et vouloir contrer les changements climatiques (terme que je préfère à réchauffement) ? Clairement non, car les Verts mise sur les alternatives énergétiques au pétrole ET au nucléaire que sont les énergies renouvelables (le nucléaire n’en est pas une) : le solaire, l’éolien et le géothermique. Et pour ceux qui pensent que ça ne suffira pas, les Verts penchent également pour des économies drastiques d’énergie, qui sont possibles sans perte de confort, comme le montre le projet de « société à 2000 watts » de l’EPFZ.
Les Verts en voie de disparition ? Non, parce que dans de nombreux domaines liés à l’écologie, nous avons encore une réflexion d’avance sur les autres partis. Et c’est également avec plaisir que les Verts acceptent que les thèmes qui leur sont chers soient repris, ça montre une prise de conscience des problèmes. Le Conseiller d’Etat neuchâtelois socialiste Bernard Soguel le prédisait il y a deux ans lors des 20 ans des Verts neuchâtelois : les verts sont appelés à disparaître parce que les problèmes environnementaux seront bientôt reglés. J’aimerais lui donner raison, mais la réalité montre que ce n’est pas le cas et que nous avons encore, malheureusement, de beaux jours devant nous…

