Le Conseil fédéral et l’énergie
Wow, c’est la première fois qu’on décide d’un véritable programme à appliquer dans les 20 prochaines années et permettant à la Suisse d’atteindre les objectifs de Kyoto d’abord et de continuer ensuite sur cette voie. Un premier regret tout de même, dommage que cette suite n’ait pas été chiffrée (on aurait pu dire par exemple que l’objectif c’est 20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2020 et 50% en 2040.) Inscrire ces objectifs dans la loi serait encore mieux !
Comment ? L’efficience d’abord. Comme le PDC, le Conseil fédéral propose d’interdire les appareils trop gourmands et de limiter les dispositifs de veille. Excellent, 5% de la consommation suisse économisée. Mieux encore, nos sept sages veulent imposer le standard Minergie, avec une économie programmée de 50% (tous types d’énergie confondus.) Ils veulent interdire les ampoules à incandescence (comme l’a décidé l’Australie par exemple) et donc obliger l’utilisation d’ampoules économiques. Pour finir, ils veulent réduire de 30% la consommation dans les transports (vont-ils signer l’initiative des Jeunes Verts ?)
Jusque là, le Conseil fédéral fait preuve de courage. Il obtient la mention bien, mais peut faire mieux ! Parce que même si ces propositions sont concrètes, elles ne le sont que sur le papier et dans la tête de certains. Gageons qu’un débat sur ces points ne va pas passer aussi simplement. Tout à droite on va nous dire que le réchauffement climatique est une lubie d’écolo, dans les rangs de la droite libérale qu’il faut penser à l’économie et à la place de la Suisse dans l’économie mondiale : « tant que les autres ne font rien, on ne peut pas prendre les devant, c’est dangereux pour la compétitivité de nos entreprises… » Et pourtant, le constat de départ le suivant : l’augmentation de la consommation énergétique est inéluctable, puisque les fournisseurs d’énergie et le Conseil fédéral parlent d’une seule voix. En 2020, nous consommerons par exemple 10% d’électricité supplémentaire.
Mais alors ? J’ai dû rater un épisode… La logique voudrait que quand on dessine l’avenir énergétique de ce pays, on définisse de nouveaux modèles de consommation, prenant en compte les économies, et qu’on s’abstienne de systématiquement reprendre ceux des fournisseurs d’électricité (qui extrapole bêtement les courbes de consommations des 20 dernières années.) Mais ce n’est pas la logique du Conseil fédéral car sa démarche est inverse. On part d’un constat : dans 2,3,5 peut-être 10 ans, si les modèles actuels sont corrects, la Suisse vivra une pénurie quels que soient les mesures qui seront prises pour réduire la consommation. CQFD nous ne pouvons nous passer de nouvelles centrales à gaz et nucléaires dans les 20 prochaines années. Pas une ou deux, mais entre quatre et cinq centrales à gaz et entre deux et trois centrales nucléaires « sur les sites existants » (c’est plus simple de convaincre les gens qui vivent depuis 30 ans sous une tour de refroidissement et dont l’économie locale est liée à la centrale.)
Est-ce que quelqu’un peut décemment m’expliquer ce tour de passe-passe ? Il faut des nouvelles centrales, soit. On saupoudre le tout de quelques mesures écologiques pour se donner bonne conscience, mesures qui de toute façon ne diminueront pas notre consommation globale (puisqu’elle risque plutôt d’augmenter.)
Alors autant se passer de ces mesures et aller intégralement acheter nos droits à polluer sur le marché du CO2. Le Conseil fédéral aurait alors au moins fait preuve d’honnêteté intellectuelle.
Mise à jour : Allez jeter un oeil sur le site de Sugus, vous y apprendrez comment Leuenberger raconte des âneries pour faire passer la pilule. Il a déclaré en effet que "si ces centrales [à gaz] ne sont pas construites en Suisse, elles pourraient l'être en France, en Italie ou en Allemagne voisine" (Le Temps du jour), en réalité, en lisant l'article de Sugus, on apprend que c'est de toute façon déjà le cas !

