Grand tétra, un problème de communication

Voilà une saga qui tient notre république en haleine depuis bien (trop) longtemps. Edifiant des divergences entre intérêts des usagers des espaces naturels et la faune et la flore qui les habitent, cette bataille montre surtout à quel point la communication est un outil indispensable d’une politique intelligente en matière de protection de la biodiversité.

Le Grand tétra est sans doute un des oiseaux les plus emblématiques du Jura. Abondant naguère, il a vu ses effectifs se réduire au fur et à mesure de l’augmentation de l’emprise de l’homme sur le paysage. Chassé jusqu’en 1971, année de sa mise sous protection par la Confédération, les populations de Grand tétra n’ont cessé de diminuer parce que l’homme a profondément modifié le paysage et ainsi induit une fragmentation qui nuit à l’animal.

Ce constat alarmant a poussé la Confédération à étudier les effectifs restants et à proposer un plan de sauvegarde de l’animal, car ses effectifs ne sont pas seulement en chute libre chez nous, mais partout en Europe. En Suisse, le Grand Tétra subsiste dans les Préalpes, en Engadine et dans le Jura vaudois et neuchâtelois.

Protéger le Grand tétra ne profite pas uniquement à cette espèce mais à beaucoup d’autres (la protection des habitats d’une espèce profite indirectement aux autres espèces qui vivent dans les mêmes milieux, dont certaines sont également menacées). Le Grand tétra a besoin de forêts montagnardes richement structurées, composées de diverses essences d’arbres et ayant une bonne végétation au sol. Lorsque des habitats de ce type n’existent plus, les populations ont tendance à diminuer puis à disparaître, en particulier si l’on considère, comme le fait la Confédération qu’il faut au moins 100 km2 de zones pour que des populations viables survivent. Un autre facteur est très important pour le maintien de l’espèce, elle doit être dérangée au minimum, en particulier au moment de la parade et de l’élevage des petits, qui dépendent de leur mère pour leur survie.

Le Canton, fortement encouragé (!) par la Confédération, a donc pris des mesures pour tenter de sauver les dernières populations, en particulier la mise sous protection de grandes parcelles forestières. Et c’est là que commencent les problèmes ! En effet, deux intérêts divergents entrent en conflit : la protection de cette magnifique espèce et l’utilisation de la nature pour les loisirs. Les associations sportives, motivées par une communication déficiente des services du canton, ont mis les pieds contre le mur. Si la situation semble s’améliorer et que le dialogue reprendre, cette situation est symptomatique d’un manque de consultation. La première mesure, chacun peut la prendre soi-même, en restant sur les chemins balisés lors de ses balades en forêt, en gardant son chien en laisse et en évitant certaines zones sensibles en avril et en mai (parade) et si possible jusqu’en août (élevage des jeunes). Ces zones doivent être définies et communiquées par le canton (ce qu’il n’a pas fait correctement jusqu’ici) et les associations sportives doivent se plier à certaines règles et sensibiliser leurs membres. C’est à ce prix que le Grand tétra pourra continuer à vivre dans nos forêts en harmonie avec les autres usagers de la nature.

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