L'égalité des chances : un présuposé indispensable à toute réforme

Si vous n’avez pas encore lu le livre de Christian Levrat et Alain Berset « Changer d’ère. Pour un nouveau contrat gouvernemental », faites-le ! Les questions qu’il soulève sont importantes et méritent d’être largement débattues. Pour ma part, j’ai fait part de quelques critiques aux auteurs dont je vous livre une copie.

J’ai lu votre livre avec intérêt. La première partie est passionnante, elle montre l’envers du décor de la politique fédérale. Mais pour la suite, c’est à mon goût très technique et les solutions ne me convainquent qu’à moitié.

En effet, à vous lire le néolibéralisme est un mal - et je suis entièrement d’accord sur ce point - mais les solutions qui sont proposées vont malheureusement dans le même sens: tous les points de la proposition de contrat gouvernemental, ou presque, reprenne la rengaine de la croissance comme seule solution à tous les maux de la société helvétique. Comment faire l’impasse sur ce que je considère comme une réalité : la croissance est génératrice d’inégalités. Point barre.

Ne serait-il pas grand temps d’imaginer une autre doctrine qui ne confie pas notre stabilité économique et sociale à la seule croissance de notre production de biens et de services ? Deux visions s’affrontent : soit c’est la main invisible du marché qui réglera nos problèmes soit c’est un Etat fort qui redistribue les richesses avec un résultat similaire. Vous préconisez la seconde vision mais peut-être sans vous rendre compte qu’elle ne convient pas ou plus à une majorité de personnes. Comment concilier le partage avec un individualisme sans bornes ? Comment faire comprendre aux gens que cet égoïsme mène à une impasse ? Il me semble difficile d’imposer cette redistribution par un simple accord politique, qui plus est dans notre système de consensus mal en point. Je n’ai pas de solution toute faite, mais votre analyse confine à un retour 30 ans en arrière. John Rawls (on aime ou on aime pas) disait qu’au delà des questions d’ordre purement économique, il y a deux aspects qui sont primordiaux: la question des libertés (qui doivent être garanties sans pour autant que celles des uns empêche celle des autres de se réaliser) et l’égalité des chances. C’est bateau diront sans doute certains, mais indispensable et prioritaire à une réflexion purement économique et monétariste.

Je ne vous jette pas la pierre. Dans la Suisse d’aujourd’hui les réflexions que vous faites sont indispensables. Mais j’estime que c’est mettre la charrue avant les boeufs de vouloir simplement faire redistribuer les richesses par un Etat fort, mais malheureusement incapable d’assurer un socle de libertés communes et une véritable égalité des chances pour tous. Sans cela, la redistribution pure et simple des richesses conduit à une impasse dans laquelle la Suisse se cogne la tête depuis longtemps.

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