Diviser pour régner sans partage...
Coup de boule à Jean Studer, c'est par Daniel Musy et c'est sur l'interview de Laurent Kurth qui est paru samedi dernier dans l'Impartial.
Merci l'ambiance! J'aimerais pouvoir assister à la prochaine assemblée générale du Parti socialiste... Mais j'espère sincèrement que Laurent Kurth a bien calculé son coup, parce qu'au delà des querelles internes, c'est bien la majorité de gauche au niveau cantonal qui se joue... Et la droite ne s'est d'ailleurs pas fait prier pour s'engouffrer dans la brèche et enfoncer le clou. Le contre-pouvoir dont parle le Conseiller communal chaux-de-fonnier existe bel et bien: c'est le Grand Conseil. Malheureusement, lui aussi est coincé derrière cette évidence, refuser le budget est une _non-décision_ qui ne changera pas grand chose. Peut-être le dernier sursaut d'orgueil d'un législatif qui a laissé faire pendant quatre ans...
Un historique s'impose... Il y a quatre ans, la nouvelle majorité de gauche crucifie Didier Berberat et invente dans l'euphorie de la victoire une nouvelle formule magique à la sauce neuchâteloise. Et il n'a pas fallu attendre longtemps pour que la gauche du Conseil d'État impose _manu militari_ une vision un peu particulière d'un exécutif qui se veut progressiste: les dossiers typiquement de gauche seront gérés par la droite (éducation, santé, social)... A peine deux mois après l'entrée en fonction du nouveau gouvernement et pendant que Brot-Dessous refuse le crédit pour l'achat d'une fraiseuse à neige, le peuple neuchâtelois plébiscite trois choses : les instruments de maîtrises des finances (85%), l’établissement hospitalier multisite cantonal (75%) et les accords de Schengen/Dublin (71%). Fort de sa faible majorité et forcé par le peuple de mettre la main à la pâte, le Conseil d’Etat se lance dans une réforme en profondeur des institutions de ce canton : maîtrise des finances, concrétisation du concept de réseau urbain neuchâtelois (RUN) et fusion de communes, réforme hospitalière, etc.
Force est de constater que ces réformes n'ont pas été vaines. Le Conseil d'Etat a réussi à stabiliser partiellement l'édifice financier, le RUN est en place et cette année, le canton a fêté une des plus grandes fusions de communes de l'histoire suisse. _Applause_! Sauf que Laurent Kurth a raison, ce qui ne fonctionne pas, c'est la méthode. Les réformes financières se sont faites sur le dos des plus démunis et des communes [1], _sans concertation_. Et mettre systématiquement la faute sur les instruments de maîtrises des finances est une hypocrisie intellectuelle. Le RUN s'est mystérieusement construit à l'abri des regards et du contrôle démocratique et personne n'a encore réussi à expliquer correctement à la population à quoi il servait [2]. Sans parler des échecs cuisants que constituent la réforme hospitalière ou la gestion du dossier He-Arc.
Alors, la faute à qui? Personnellement, je pencherais pour une combinaison entre deux facteurs fortement liés. D'une part, l'effet pervers du désenchevêtrement des tâches, à savoir la concentration du pouvoir dans les mains d'une seule autorité. D'autre part, la vision effectivement autoritaire du Conseil d'Etat qui n'a pas su concerter, pas su poser la question des recettes fiscales, pas su se remettre en question. Et derrière tout ça, il y a un Grand conseil que j'ai senti prostré pendant ces quatre années.
Diviser pour mieux régner, c'est ce que le Conseil d'Etat a fait avec le législatif, qui ne s'est malheureusement jamais véritablement réveillé pour devenir ce contre-pouvoir que Laurent Kurth appelle de ses vœux. Il a fait de même avec les communes qui ont été incapables de s'unir pour proposer une autre vision [3]. Et encore de même avec les habitants qui se déchirent comme jamais sur les questions Haut/Bas.
Un dernier commentaire tout de même (qui contrebalance un peu mon propos), j'ai commenté le billet de Daniel en ces termes : Salut Daniel, je suis d'accord avec Laurent sur beaucoup d'aspects, le Conseil d'Etat est autiste et autoritaire (me semble l'avoir dit dans mon intervention sur les Hôpitaux en juin). Mais j'aimerais juste signaler que le manège des budgets est le même depuis pas mal de temps, et que le coup de gueule de Laurent sert plus à mettre la pression qu'à véritablement changer les choses. En gros, il actionne ce contre-pouvoir qu'il imagine anéanti par Jean Studer... Les questions que vous auriez dû vous poser sont de savoir si le timing est bon et si la méthode est bonne... Pour le timing, je dirais que c'est un peu tôt et que le risque est grand que le message se perde d'ici à ce que les budgets soient véritablement finalisés. Pour la méthode, j'imagine malheureusement que ça enfonce, aux yeux de la population, un peu plus le PS dans la crise qu'il vit depuis quelques temps...
fn1. Qui, soit dit en passant, ne se sont pas gênées pour faire de même en expliquant que c'était la faute du canton...
fn2. Combien d'ailleurs confondent encore RUN et TranRUN ? Et les contrats stipulent que les Conseils généraux, eux au moins, doivent être informés de l'avancement des dossiers. Personnellement, je n'ai jamais rien lu ou entendu, hormis lorsque la presse en parle.
fn3. Mise à jour 17 sept. 08. Cet aspect a changé. Je viens de recevoir un communiqué des villes du canton ainsi que de l'association des communes neuchâteloise qui, ensemble, refusent le report de charges du canton. Les villes vont même jusqu'à porter l'affaire devant le tribunal fédéral.

