Un nouveau modèle journalistique

Les problèmes que rencontrent les employés de la presse cantonale (L'Impartial et L'Express), mais également plus largement dans toute la Suisse (Edipresse en particulier), me font réagir, également suite à la lecture d’un article dans le New York Times qui parlait de l’émergence d’un nouveau type de médias aux Etats-Unis. Le NYT cite trois exemples : le Voice of San Diego.org, MinnPost.com et le New Haven Independent.

Depuis quelques temps, on voit apparaître de ce côté de l’Atlantique une nouvelle manière de faire du journalisme «papier», proche des journaux traditionnels dans le fond, mais de plus en plus éloigné dans sa forme. D’abord parce que ces «journaux» sont uniquement disponibles sous forme électronique, en libre accès sur Internet. Ils partagent avec les journaux traditionnels le fait d’employer des journalistes, qui sont payés pour leur travail, et donc également l’éthique journalistique propre au quatrième pouvoir. Ceci les différencie en quelque sorte des médias en ligne comme les blogs. Comme les journaux, ils vivent partiellement de leurs revenus publicitaires, mais également des contributions – souvent volontaires – de leurs lecteurs. Contributions volontaires simplement parce que leur contenu est gratuit. Mais ce ne sont pas pour autant des « gratuits » à l’image du Matin Bleu ou de 20 Minutes, parce que leur contenu n’est pas majoritairement conçu autour des dépêches d’agences et de la publicité, mais autour d’articles originaux[1]. Souvent, ils ne couvrent qu’une ville ou une région et ne parlent pas ou peu de l’actualité nationale ou internationale, sinon pour en montrer les effets à l’échelle locale ou régionale.

Ce qui différencie définitivement ces nouveaux médias des journaux traditionnels, c’est le modèle économique se lequel ils sont construits. Tous ont en commun le fait d’êtres des associations ou des fondations à but non lucratif. Avec parfois des modèles sociaux novateurs. Ceci apporte un avantage indéniable : une liberté et une indépendance «retrouvée», parce que bien souvent, les titres de la presse actuelle sont en main de grands conglomérats dont l’indépendance vis-à-vis des annonceurs n’est pas des plus transparentes.

L’intérêt d’Internet comme moyen de diffusion de l’information n’est plus à démontrer. Tous les médias traditionnels ont été forcés d’y mettre le pied, avec plus ou moins de succès. L’avantage de la toile réside dans la possibilité de mettre à jour l’information de minutes en minutes, mais également d’interagir avec le lecteur, ou de lier les informations entre elles. Ceci rend la lecture en ligne souvent plus interactive que la lecture papier. Et avec l’évolution rapide des moyens d’y accéder, par exemple au moyen d’un téléphone portable, la diversité des lecteurs peut être aussi grande que pour un journal traditionnel, voire permet souvent de toucher des personnes qui n’auraient pas pris le temps de « lire le journal ». Un jour sans doute, nous passerons-nous du papier comme moyen d’accéder à l’information. Finalement, l’avantage majeur réside dans les coûts de diffusion et la possibilité de toucher un très large bassin de population.

Alors, à quand une association ou une fondation neuchâteloise pour une presse libre et indépendante, publiant sur Internet des informations locales mises en ligne selon une ligne éditoriale originale, libérée des contingences du format papier et basée sur un modèle économique novateur, qui ne favorise pas la croissance et le bien-être des cours de la bourse et des actionnaires, mais une véritable information ?

Mise à jour (10 juin 2009). Il y a un autre modèle que j'avais un peu trop vite enterré... Mediapart fait du journalisme Internet, à l'ancienne si j'ose, et à contre-courant. Parce qu'ils partent du principe qu'un journalisme de qualité doit rester payant. Je viens de découvrir ce petit quotidien diffusé sur le net (depuis un peu plus d'une année) et j'aime beaucoup. A lire donc sans modération (surtout que pour la qualité, c'est pas cher) !

fn1. De plus, de ce côté de l'Atlantique du moins, gratuit ne rime pas forcément avec mauvais. Le "New York Times":http://www.nytimes.com en est sans doute la plus éloquente démonstration.

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