Maurer au gouvernement : danger !
Une pétition circule à ce sujet, "signez-là ici":http://www.PetitionOnline.com/ch01cbum/petition.html. Autres pétitions: "celle des Verts":http://www.10decembre2008.ch et celle de "Ada Marra":http://www.approche.ch/petition-cf du PS.
Une politique basée sur la peur n’est jamais un bonne politique. C’est pourtant le sentiment qui ménera dans quelques jours à l’élection d’Ueli Maurer au Conseil Fédéral. Le Parti Radical-Libéral (à moins que ce soit l’inverse), de même que le PDC, vont élire Maurer de peur de subir les foudres de l’UDC lors des prochaines élections au Conseil fédéral, simplement parce que Pascal Couchepin risque bien de quitter rapidement l’exécutif, et que l’un comme l’autre ont des vues sur ce siège. La politique du bâton et de la carotte menée par l’UDC fonctionne donc parfaitement.
S’il fallait revenir en arrière, on pourrait retourner un certain 10 décembre 2003, journée sombre où Christoph Blocher a été élu en lieu de place de Ruth Metzler. Ce jour là, la formule magique vole en éclat. Durant les quatre années où le tribun zürichois siège au gouvernement, c’est un autre élément traditionnel de la politique suisse qui va en prendre pour son grade : la collégialité et par là-même la concordance. "Andreas Gross":http://www.andigross.ch/html/site749.htm décrit deux choses importantes, la concordance est philosophiquement la renonciation à « prétendre détenir la vérité de manière exclusive », et si elle suppose une représentation mathématique des forces en présence au Parlement, elle ne devrait inclure que les partis qui adhèrent à cette manière de voir notre gouvernement. Ce n’est pas le cas de l’UDC qui, par exemple, aimerait voir le peuple élire le Conseil Fédéral. Mais surtout, ce n’est pas le cas de l’UDC depuis que Blocher a été évincé du gouvernement et que le parti s’est autoproclamé « opposition ».
La volonté de l’extrême droite de retourner au gouvernement est sans doute un constat d’échec de cette politique d’opposition. Volontairement absente du Conseil Fédéral, l’UDC a perdu quasiment tous ses combats cette année. Et ses errements vis à vis des accords bilatéraux ne font que renforcer ce sentiment.
Mais depuis quelques semaines, le parti semble s’être recomposé autour de la possibilité de retourner au gouvernement. D’abord parce que "médiatiquement":http://pikereplik.unblog.fr/2008/11/20/la-campagne-de-blocher-dans-le-matin/ et stratégiquement ils ont finement joué la partie en proposant à nouveau Christoph Blocher, . L’inacceptabilité de l’un rendrait-elle l’autre acceptable ? C’est le sentiment qui se dégage des débats. Et malheureusement, personne ne semble remettre en cause l’acceptabilité de Maurer. Moi si.
Ueli Maurer est un pur produit blochérien. En 1996, il devient président de l’UDC sous l’impulsion de Blocher lui-même. Au point d’ailleurs que certains médias vont s’acharner sur sa personne, le ridiculisant comme étant un simple pion servile. Mais sous sa présidence, l’UDC va opérer un fort virage à droite, doubler sa base militante et engranger victoire après victoire aux élections (pour ne pas citer son implantation en Suisse Romande). Au point de devenir en 2003 le parti le plus puissant de Suisse. Blocher ne semble pas l’avoir choisi au hasard, il n’est peut-être pas charismatique, mais travaille dur et a la fibre populiste. Il est contre l’intégration européenne, contre les étrangers. Son style n’est pas vraiment du genre « politiquement correct », par exemple pour avoir affirmé un jour que « tant que je parle de nègres, les caméras restent sur moi » (« Solange ich Neger sage, bleibt die Kamera bei mir. », "Basler Zeitung":http://www.bernerzeitung.ch/schweiz/dossier/die-nachfolge-von-samuel-schmid/Maurer-Der-Scharfmacher-kann-durchaus-angenehm-sein/story/20106070). Ou pour avoir parler de la ville de Berne comme d’un bidonville parce qu’elle était gouvernée par la gauche. Quelle finesse… Et son flaire politique semble pour le moins efficace. Il quittera la présidence du parti au moment où celui-ci commence à se morceler.
Et une année après, il revient sur le devant de la scène comme seule candidat de l’UDC (Blocher n’est pas un candidat crédible après sa baffe de 2007). Est-il devenu fréquentable ? Le PS, le PRD et le PDC semble trouver que oui. L’accession de Maurer au Conseil Fédéral sera pour Christoph Blocher une vengeance personnelle, mais aussi un moyen de retourner discrètement hanter les séances du Conseil fédéral (s’il ne profite pas de la place laissée vacante par Maurer pour retourner au Parlement).
Maurer ne sera jamais qu’un pion dans le jeu de Blocher et c’est une raison suffisante pour ne pas l’élire le 10 décembre 2008. Et au-delà de la question du pouvoir, son style politique, ses idées et le comportement de son parti me font imaginer le retour de la politique du pire. L’UDC zurichoise n’a pas sa place au gouvernement si elle en accepte pas au moins les règles du jeux. En jouant les girouettes entre parti gouvernemental et parti d’opposition, en faisant preuve d’un autoritarisme au forts relents fascisants (éviction de la section grisonne, pression sur ses élus, etc.), l’UDC a montré qu’elle n’a pas sa place au gouvernement si elle ne propose pas des personnes capables de jouer le jeu.
Voir aussi l'excellent article sur le sujet dans "Domaine Public":http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/9993.shtml. Et "un autre ici":http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/9998.shtml ..

