Facebook ou le plus mauvais concept marketing de l'histoire politique neuchâteloise
Aujourd'hui, en utilisant Facebook, tout le monde imagine faire sa campagne en vue des élections cantonales du 5 avril "à la Obama". On ne compte plus les groupes sur le site de networking social qui encouragent les gens à voter pour unetel ou untel. A chaque fois, ou presque, c'est la même rengaine : photos de campagne, slogans, biographie sélective et trois points de campagne vagues et tirés à la hâte des pavés des partis. Rien d'intéressant en soit. Certains poussent le bouchon jusqu'à se présenter à travers un communiqué de presse moisi sans aucun contenu, autant le dire d'emblée, Facebook n'apporte actuellement rien à la campagne, et surtout pas sous la forme d'un contenu intéressant. Il y a bien sûr ceux qui imaginent que la création d'un réseau d'amis et de connaissances et la mise en réseau des différents groupes au sein même d'un parti apportera des voix à la personne ou au parti. Ce serait probable si les différents groupes n'étaient pas peuplés par les mêmes personnes, à quelques exceptions près.
Barack Obama est souvent cité en exemple. Ayant vécu la campagne américaine "de l'intérieur", j'avais écrit sur ce même blog un article sur le sujet en octobre 2008. Mais l'amateurisme de l'utilisation actuelle de Facebook n'a rien à voir avec le professionalisme (et donc les moyens) utilisés lors de la campagne démocrate. D'abord parce qu'Internet, ce n'est pas Facebook. Obama a massivement (et intelligemment) utilisés les nouvelles technologies de l'information, de Facebook à Youtube en passant inévitablement par une page personnelle. Et c'est cette page personnelle qui est l'outil le plus puissant dans l'ensemble de l'arsenal. Le staff d'Obama a créé une communauté de supporters sur son propre site et leur a donné les outils informatiques nécessaires pour coordonner leurs actions, se rencontrer, distribuer des flyers, etc. Je me souviens d'un article du New York Times qui relatait une rencontre en 2006 déjà entre le jeune sénateur de l'Illinois et un gourou de la Silicon Valley, autant dire que la chose a été préparée de manière impeccable. On est loin des groupes bout de ficelles qui polluent actuellement Facebook. Et dans la campagne américaine, la question n'était pas de compter le nombre d'adhérents dans un camp et dans l'autre et espérer ainsi prédire le résultat de l'élection, l'objectif était d'informer les personnes les plus intéressées, souvent jeunes, des actions et positions des deux candidats. C'est donc environ un message tous les deux jours qui sortaient des QG avec du contenu politique intéressant (plus ou moins disons, ça restait la campagne américaine)...
L'autre travers intéressant de l'utilisation des nouvelles technologies, c'est le défouloir que peut devenir un groupe Facebook ou un site Internet. Là non plus, on n'est pas véritablement dans une politique constructive, loin de là même. En juillet 2008, une fronde contre les commentaires à caractères racistes sur le site du matin secouait la blogosphère romande. L'objectif était simple : faire en sorte que les commentaires fortement connotés sexistes, racistes ou pire, quittent les pages du quotidien orange. Victoire après quelques jours. Mais le spectre du défouloir refait son apparition sur Facebook où plusieurs groupes tentent de détruire la réputation et le travail d'une personne à travers des informations fausses, des injures calamiteuses et des jugements à l'emporte-pièce. Une fois de plus, on est loin des débats intéressant que pourrait susciter la politique. A moins bien sûr que pour certains, la politique se résume à détruire les autres sans avoir soi-même de solution à proposer.
Comme bon nombre d'autres outils, Facebook risque bien de retourner dans quelques temps dans les tréfonds de l'imaginaire communautaire, comme un bon vieux souvenir "Ahh, quand j'étais jeune..." ! En tous cas en politique à voir le niveau de l'utilisation qui en est actuellement faite. Il y a un ou deux ans, la mode était au blogs électoraux, combien ont persisté ? Combien végètent sur Internet sans aucune mise à jour ? Les groupes Facebook créé à l'occasion des cantonales 2009 risquent bien de rejoindre la grande décharge des inutilités du net. Je vais passer pour un "vieux con", mais j'assume...
Finalement, les seules choses intéressantes qui ressortent du lot sont les petites vidéos créées à gauche comme à droite, souvent par les jeunesses de partis. L'humour est une composante importante de ces campagnes et c'est réjouissant.
bq. Un petit tour de la nébuleuse des outils Internet en lien avec les élections cantonales neuchâteloises permet de sortir le pire du pire. Dans la rubrique "moche et mal foutu", la palme va sans doute aux Jeunes Socialistes, au moins ont-ils remplacé le "mot du Président" qui jusqu'à récemment était peuplé de "bla" par une notice comme quoi tout n'est pas encore en place... Dans la rubrique "inutile et pas bien beau", une dédicace spéciale pour le site de Frédéric Hainard qui lui non plus ne brille pas par son contenu, son originalité ou sa mise en page.

