Pauvres vipères...

La loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN) date de 1966 et plus de quarante ans après, elle n'est pas encore appliquée correctement. Depuis 1967, les vipères suisses sont protégées par la loi. Celui qui tue une espèce protégée est punissable.

L'impartial d'aujourd'hui contient un article sur une personne mordue par une vipère et c'est avec effroi que je lis :

bq. "Le propriétaire des vignes a réussi à attraper le serpent et à le tuer [...] Je me trimbalais avec ma vipère morte dans un bocal."

Le propriétaire des vignes ne sera pas poursuivi, c'est sans doute normal. Mais quand on sait que ces bêtes sont en danger (catégorie EN de la liste rouge, ce qui signifie que le risque d'extinction à l'état sauvage est très élevé)[1], on peut questionner la pertinence de tuer la pauvre bête. Si elle mord, c'est par crainte, pas par plaisir...

Deux espèces de vipères sont venimeuses en Suisse, la péliade et l'aspic. Depuis 1961, une seule issue a été fatale, dans des circonstances d'ailleurs peu claires. Et entre 1983 et 1995, on recense 103 morsures dont seulement 14 ont débouché sur quelques complications[2]. Pas de quoi fouetter un chat...

Depuis toujours, les vipères ont été considérées comme de dangereuses bêtes à la limite du satanique. Les légendes urbaines restent largement présentes dans l'imaginaire populaire: entre les vipères qui boivent le lait des vaches et les associations écologistes qui en lâchent en Valais depuis des hélicoptères[5], on a tout vu. Le langage n'est pas en reste, on peut être _une langue de vipère_ ou se trouver dans _un nid de vipères_, et ni l'une, ni l'autre de ces expressions est positive. L'insulte favorite de Staline était d'ailleurs _vipère lubrique_...

Pour terminer, je me permets de livrer quelques conseils. Une morsure peut être évitée: porter des chaussures hautes et ne pas approcher les bêtes. En cas de morsure, il faut aller à l'hôpital mais les symptômes restent en général légers et après quelques heures d'observation[3], la personne mordue peut quitter le service. Les dangers se situent au niveau des morsures à répétition parce que le corps semble réagir plus violemment en cas de seconde inoculation. Le sérum anti-venin est très rarement administré, simplement parce qu'il entraine des complications importantes et désagréables[4]. Il n'est utilisé qu'en dernier recourt.

fn1. "Liste rouge des reptiles menacés de Suisse":http://www.karch.ch/karch/f/pro/rolir/media/ListeRouge_R_BUWAL_KARCH.pdf

fn2. "www.karch.ch":http://www.karch.ch

fn3. Il y a deux types de venin chez les vipères, celui qui s'attaque aux cellules et qui fait que votre bras (si c'est là que vous vous êtes fait mordre) double de volume et celui qui s'attaque plutôt au système nerveux. Ce dernier entraîne plus souvent des complications pulmonaires ou cardiaques.

fn4. En plus, si vous aimez les protéines de cheval, c'est parfait !

fn5. Ajout 26.09. Et le délire continue. Maintenant c'est les écologistes (encore eux, décidément) qui lâchent des vipères dans les vignes de ces pauvres vignerons... (lire L'Impartial du jour)

« La catastrophe est pour quand? Réhabilitation de la gare aux marchandises »