Hôpital neuchâtelois, un serpent de mer qui se mord la queue…
Les problèmes d’Hôpital neuchâtelois (HNe) sont multiples – et les solutions apportées souvent mal communiquées. D’abord, il convient de souligner que HNe a été – et est toujours – au centre d’une bataille politique qui ne lui permet pas d’envisager sereinement sa restructuration de fond, celle liée à la redistribution des sites et des compétences dans le canton.
On peut commencer par citer clairement la problématique financière. En imposant des économies drastiques à cette structure en complément de sa restructuration de fond, le Conseil d’Etat a écarté la possibilité d’entrevoir une réforme dans la durée. A mon avis, cette manière de voir aurait été la plus constructive. Elle aurait permis de résoudre sur le long terme les carences en matière de communication, d’expliquer clairement les objectifs stratégiques et d’avancer lentement mais sûrement dans ce dossier, plutôt que d’aller au plus vite et de se trouver confronter aux problèmes actuels. Le Président du Conseil d’administration d’Hôpital neuchâtelois, Jean-Pierre Authier l’avoue lui-même «le cours des réflexions, des propositions et des décisions [n’ont pas pu], vu l’urgence […] faire l’objet de longues consultations». Certains ne se gênent pas de donner la faute au frein aux dépenses – j’en fais partie – c’est sans doute montrer que ce frein ne permet pas toujours de faire une politique intelligente, qu’il peut être, malgré son utilité financière, contreproductif sur des dossiers comme celui des hôpitaux. En effet, il ne permet pas d’imaginer des réformes à moyen et long terme. Des réformes qui porteront, en terme financier, leur fruit dans 5 ou 10 ans seulement, mais dont la conduite doit être d’une précision chirurgicale. On ne peut en tout cas pas conduire cette réforme à la hache comme le font actuellement HNe et les autorités cantonales en charge du dossier.
Une feuille de route claire est un premier pas. Elle doit d’abord poser le cadre. La restructuration du système hospitalier de notre canton est indispensable. Elle s’inscrit dans la pérennisation des outils de soins, en prenant en compte l’avis qu’a émis la population en acceptant l’EHM en 2005. Les structures communales éclatées qui prévalaient avant la votation ne pouvaient plus répondre aux problèmes d’abord cantonaux mais qui deviendront rapidement intercantonaux, voire internationaux. La dilution des responsabilités empêchait clairement des réformes importantes. La première étape, à savoir le transfert des sites et du personnel à une structure cantonale, privée selon la volonté du peuple, a donc été une première étape. Mais c’est à partir de là qu’il aurait fallu une feuille de route pour la suite. Feuille de route qui n’a jamais véritablement été esquissées et dont l’absence fait penser que les réformes se font sans véritable vision à moyen et long terme, c’est du moins mon avis.
Nous sommes aujourd’hui face à un mur, certains voudraient regarder en arrière, revenir au confort dans lequel nous nous trouvions avant d’engager les réformes. D’autres pensent qu’il suffira de faire le forcing pour passer ce mur. Et finalement, il y a ceux – dont je fais partie – qui pense qu’il faut revoir la stratégie, observer ce mur pour comprendre comment il s’est construit et imaginer ensemble des solutions pour franchir l’obstacle. C’est dans ce but que l’idée des états généraux de la santé a été émise par les Verts. Les états généraux doivent être un lieu d’échange et de dialogue, pas un espace de confrontation. Ils doivent permettre de définir cette feuille de route qui manque et dresser un cahier des charges à court, moyen et long terme. Si cet espace devait se concrétiser, les résultats des discussions doivent être soumis au peuple neuchâtelois, pour qu’il puisse se reconnaître dans les réformes. Ceci permettra d’avancer dans ce lourd dossier, de dégager des consensus et de faire participer la population à l’avenir de son infrastructure hospitalière.
Les états généraux doivent permettre de poser une vision dans l’espace et dans le temps. Dans l’espace car ce canton est multipolaire, malgré sa petite taille, et dans le temps car le rythme des réformes est primordial si l’on veut qu’elles réussissent. De plus, les états généraux doivent inclure l’ensemble des acteurs, y compris par exemple les médecins qui ne travaillent pas au sein d’Hôpital neuchâtelois, dans le but par exemple de développer des réseaux de soins à l’échelle des différentes régions de notre canton. Les états généraux ne doivent pas seulement réfléchir intérieurement mais doivent permettre l’ouverture à tous les acteurs actifs dans le domaine ainsi qu’à la population.
Ces trois dernières années, la population s’est principalement tournée vers des outils classiques du combat politique et de la démocratie pour avoir son mot à dire: initiatives, pétitions et manifestations. Il est grand temps de l’impliquer plus dans l’avenir de ses outils de santé. N’oublions pas que les hôpitaux ne sont qu’une pierre au sein d’un gigantesque édifice, souvent d’ailleurs de dernier recours.
Dans le canton de Vaud, les enjeux ont été sans doute mieux saisi que dans notre canton: «Dans un contexte de raréfaction des ressources tant humaines que financières, il apparaît de plus en plus clairement que les solutions visant à une maîtrise des problèmes y relatifs passent par un aménagement progressif de l’offre de soins. L’annonce récente de la hausse des primes d’assurance maladie pour 2002, la répartition des coûts d’hospitalisation entre l’Etat et les assureurs sont autant d’éléments qui incitent à prendre des mesures échelonnées dans le temps sur l’organisation hospitalière. Il importe que l’Etat, les Hôpitaux et le public puissent s’y préparer dès maintenant» notait le Conseil d’Etat vaudois dans un message au Grand Conseil en 2001 déjà. Ce qui intéressant ici, c’est que le canton de Vaud n’a pas pour autant accéléré ses réformes au point de faire s’effondrer le système, contrairement au canton de Neuchâtel. Le même rapport vaudois ajoute un élément important en soulignant que « la réussite des projets de réorganisations hospitalières dépend de l'existence de consensus suffisamment larges pour accompagner et soutenir les phases de mise en œuvre. » Tout est dit, les vaudois avaient sans doute compris avant nous où se situent les enjeux. Il est intéressant de constater que dans le canton de Vaud comme chez nous, il a fallu en 2000 déjà une initiative sur «des hôpitaux de proximité» pour faire prendre conscience aux gens des enjeux même de la proximité.
Je me réjouis donc du début de la prochaine législature. Les états généraux de la santé seront pour notre canton un gros dossier avec de grandes espérances : réussir à nous réunir autour de ce sujet hautement émotionnel, trouver des solutions qui satisfassent le plus grand nombre et avancer dans ce dossier, en plaçant le patient au centre du débat.

